Changement climatique
et la bataille pour l'information dans les Alpes
Malgré l'abondance de preuves scientifiques documentant les impacts du changement climatique, la désinformation et les idées fausses continuent d'influencer le débat public dans la région alpine. La recherche scientifique, notamment l'observation de la Terre par satellite, les mesures de terrain à long terme et la modélisation climatique, documente des transformations environnementales rapides dans les Alpes, telles que le recul des glaciers, le dégel du pergélisol, le déplacement des aires de répartition des espèces et la modification des cycles saisonniers. Ces changements affectent les écosystèmes et la biodiversité alpins, ainsi que des activités humaines essentielles, comme l'agriculture, le tourisme et la gestion de l'eau, ce qui représente un défi majeur pour la durabilité à long terme des milieux montagnards et des communautés qui en dépendent.
Le changement climatique soulève non seulement des questions environnementales et scientifiques, mais aussi des enjeux sociaux et communicationnels liés à la production, à l'interprétation et à la contestation des connaissances climatiques. L'accélération des transformations environnementales s'accompagne d'un ensemble complexe de phénomènes sociaux, parmi lesquels la désinformation et les idées fausses jouent un rôle central. Si la recherche scientifique confirme massivement l'existence et les causes humaines du changement climatique, des discours contradictoires, trompeurs, voire ouvertement négationnistes, continuent de circuler à l'échelle mondiale. Ces discours contradictoires, allant de la minimisation des impacts climatiques au rejet pur et simple des preuves scientifiques, engendrent des interprétations fragmentées et conflictuelles du changement climatique. De ce fait, l'opinion publique se polarise et devient de plus en plus vulnérable à la manipulation, rendant la compréhension collective et l'action efficace plus difficiles à atteindre.
L'information fondée sur des preuves joue un rôle central dans la compréhension du changement climatique par le public. Le travail journalistique est de plus en plus mis à l'épreuve par la prolifération de récits alternatifs, de théories du complot et de campagnes de désinformation coordonnées, alors même que les journalistes sont tenus de produire des reportages non seulement clairs et accessibles, mais aussi rigoureusement vérifiés et ayant un impact social. Dans la région alpine, ce défi revêt une importance particulière. Les Alpes figurent parmi les régions européennes les plus visiblement touchées par le changement climatique, avec un recul rapide des glaciers, une augmentation des risques naturels et de profondes transformations des paysages et des moyens de subsistance. Pourtant, ces changements tangibles sont parfois minimisés, déformés ou dissociés de leurs causes climatiques dans le discours public. Le journalisme de qualité joue donc un rôle crucial dans la documentation des réalités locales, la traduction de données scientifiques complexes en récits compréhensibles et la prise en compte des réalités des communautés qui vivent directement ces transformations. En ancrant leurs récits dans des preuves et des observations locales, les journalistes peuvent lutter contre la désinformation et contribuer à un débat public plus éclairé sur l'avenir des Alpes et l'urgence de mettre en œuvre des stratégies d'adaptation et d'atténuation.
Ce volet examine le rôle des données climatiques scientifiques, et en particulier des données d'observation de la Terre par satellite, dans la lutte contre la désinformation et la mésinformation sur le changement climatique dans la région alpine. Il s'intéresse à la manière dont ces données sont utilisées, interprétées ou omises dans les reportages journalistiques, et à la façon dont ces pratiques influencent la diffusion de récits climatiques trompeurs. Plus précisément, il vise à explorer les conditions dans lesquelles les données satellitaires contribuent à lutter contre la désinformation et la mésinformation, ainsi que les facteurs structurels et d'interprétation susceptibles d'en limiter l'efficacité.
Questions de recherche
Quels impacts du changement climatique dans la région alpine sont solidement documentés par les données satellitaires et d'observation de la Terre ? Lesquels sont le plus souvent déformés, minimisés ou omis dans les médias ?
Comment les données d'observation de la Terre sont-elles sélectionnées, interprétées et intégrées aux récits journalistiques sur le changement climatique dans la région alpine ?
De quelle manière l'imagerie satellitaire et les données d'observation de la Terre peuvent-elles aider les journalistes à vérifier les affirmations relatives au climat et à lutter contre la désinformation concernant les changements environnementaux dans les Alpes ?
Dans quelle mesure les pratiques de vérification journalistique, s'appuyant sur les données satellitaires et d'observation de la Terre, permettent-elles de réduire la désinformation et la mésinformation climatiques dans la couverture médiatique de la région alpine ?
Quels défis rencontrent les journalistes pour interpréter et communiquer les données satellitaires relatives aux impacts climatiques à un public non spécialisé ?
Comment la présence ou l'absence de données satellitaires dans les reportages sur le climat influence-t-elle la confiance du public, sa compréhension des impacts climatiques et les débats politiques sur l'avenir de la région alpine ?
En quoi les récits médiatiques sur le changement climatique alpin qui s'appuient principalement sur des données satellitaires diffèrent-ils, en termes de lutte contre la désinformation et la mésinformation sur le changement climatique et d'attribution des causes, des récits qui s'appuient sur des sources non satellitaires ?
Ressources de la piste :
Documents contextuels :
« Sang de neige » : pourquoi le changement climatique pourrait rendre les Alpes rouges
Dans les Alpes, le changement climatique transforme les glaciers en lacs.
Cartographie de la désinformation climatique dans les médias grand public français et brésiliens
La mésinformation et la désinformation constituent des menaces majeures pour l'action climatique.
Protégez-vous de la désinformation climatique, Commission européenne
Sources de données (non restrictives)
Copernicus Sentinel-2 (ESA) : Sentinel-2 fournit des images multispectrales à haute résolution, idéales pour le suivi de l'occupation des sols, de la santé de la végétation, de la couverture neigeuse et de l'étendue des glaciers dans la région alpine. Dans ce contexte, les données Sentinel-2 permettent de documenter empiriquement les changements environnementaux visibles induits par le climat, tels que le recul des glaciers, les modifications de la phénologie de la végétation ou la transformation de l'utilisation des terres, et de comparer ces observations aux discours médiatiques qui minimisent ou attribuent incorrectement ces changements. Cet ensemble de données est particulièrement utile pour identifier les divergences entre les changements environnementaux observables et leur représentation dans les récits de désinformation.
MOD10A1.061 Terra Couverture Neige Quotidienne Globale 500m : MOD10A1.061 est un jeu de données quotidien de couverture neigeuse mondiale, dérivé des observations Terra MODIS à une résolution spatiale de 500 m. Produit par le NSIDC DAAC de la NASA et disponible depuis 2000, il utilise un algorithme basé sur l'indice de neige à différence normalisée (NDSI). Ce jeu de données fournit des informations binaires et fractionnaires sur la couverture neigeuse, l'albédo et la qualité de la neige, ce qui le rend particulièrement adapté à l'analyse de la dynamique saisonnière de la neige et des variations à long terme de sa persistance dans les régions montagneuses comme les Alpes. Sa haute résolution temporelle permet d'étudier la variabilité interannuelle, la durée de la couverture neigeuse et les variations de l'accumulation et de la fonte de la neige liées au climat, tandis que les couches d'évaluation de la qualité permettent une analyse prenant en compte l'incertitude en terrain complexe.
RInventaire des glaciers Randolph - Un ensemble de données sur les contours des glaciers du monde entier : L’Inventaire des glaciers Randolph (RGI) est un ensemble mondial de contours de glaciers offrant un aperçu des glaciers du monde situés hors des calottes glaciaires. Il fournit un contour unique pour chaque glacier, datant d’environ l’an 2000, ainsi qu’un ensemble d’attributs et d’autres informations auxiliaires pertinentes. Les contours des glaciers sont distribués au format Shapefile. Les données et attributs hypsométriques (fichiers CSV) et les métadonnées (JSON) sont également disponibles sur le site web. Toutes les données du RGI sont disponibles à l’échelle mondiale et par région (selon la définition des régions glaciaires du Réseau mondial terrestre des glaciers (GTN-G)). Le RGI ne permet pas de mesurer les taux de variation de superficie de chaque glacier individuellement. Cependant, il peut être utilisé pour estimer les volumes glaciaires, les taux de variation d’altitude aux échelles régionale et mondiale, ainsi que la réponse des glaciers aux forçages climatiques.
EEAR-Clim : Ensemble de données climatiques d'observation à haute densité pour la région alpine étendue : Il s'agit de données climatiques d'observation au sol. L'ensemble de données fournit des observations quotidiennes haute densité et contrôlées de la température de l'air (moyenne, minimale et maximale) et des précipitations sur l'ensemble de la région alpine européenne élargie (EEAR-Clim), à partir des données d'environ 10 000 stations météorologiques réparties dans plusieurs pays alpins et limitrophes. Pour la période étudiée, EEAR-Clim offre une référence au sol robuste pour l'évaluation des tendances climatiques à court et à long terme, souvent sujettes à désinformation, comme les affirmations niant le réchauffement régional ou remettant en question les variations des chutes de neige. L'homogénéisation des séries temporelles et la richesse des métadonnées permettent des analyses spatiales et temporelles à l'échelle régionale et sous-régionale, autorisant la comparaison entre les tendances climatiques observées empiriquement et leur représentation. Utilisé conjointement avec des données d'observation de la Terre par satellite, EEAR-Clim peut faciliter la triangulation entre télédétection et mesures in situ, renforçant ainsi les preuves pour la vérification journalistique. Pour une présentation détaillée des données, veuillez consulter l'article de recherche correspondant.
Ensembles de données sur la désinformation : Il s'agit d'une collection de jeux de données sur la désinformation, accessible via la plateforme Hugging Face. Cette collection comprend des jeux de données couvrant de multiples domaines thématiques, dont plusieurs sont spécifiquement axés sur la désinformation relative au changement climatique (par exemple, climate_fever). Ces sous-ensembles liés au climat documentent les affirmations trompeuses ou contestées, leur véracité et les schémas argumentatifs pertinents au discours climatique. Des informations détaillées sur la collecte, l'annotation et la portée des données sont fournies dans cet article de recherche.
Base de données mondiale des événements, du langage et du ton (GDELT) : Il s'agit d'une base de données gratuite et à grande échelle qui surveille les médias d'information mondiaux et extrait des informations structurées sur les événements, les thèmes, les acteurs, les lieux et le ton narratif en temps quasi réel. Elle ne stocke pas le texte intégral des articles, mais fournit des métadonnées et des signaux codés permettant aux chercheurs d'analyser quand, où et à quelle fréquence des sujets comme le changement climatique apparaissent dans l'actualité, et comment ils sont présentés selon les pays et au fil du temps. Dans ce contexte, GDELT peut être utilisé pour étudier l'attention médiatique, la définition de l'agenda, les tendances géographiques et la dynamique narrative liées au changement climatique, telles que les pics de couverture lors d'événements extrêmes ou de débats politiques, en filtrant les données par mots-clés, thèmes, lieux et dates. Bien qu'elle ne puisse pas identifier directement la désinformation ni vérifier les affirmations, elle est parfaitement adaptée aux analyses quantitatives et macroscopiques du discours climatique et à l'étude des liens entre le cadrage médiatique et les environnements informationnels plus larges. Pour des informations détaillées sur son utilisation, consultez ce rapport. Voici un exemple d'article de recherche qui a utilisé ces données.